Musées et développement social et sociétal durable – Panorama en Belgique francophone, ICOM

15.09.2025

Open Museum a récemment fait l’objet d’un article dans La Vie des Musées,[1] la revue de l’ICOM publiée par l’Association francophone des musées de Belgique. L’article donne un aperçu d’Open Museum, de son approche, de ses principes fondamentaux et de ses défis, ainsi que de l’impact des musées sur la société actuelle. Il comprend également plusieurs exemples de bonnes pratiques mises en œuvre par les musées bruxellois en matière d’accessibilité et d’inclusion.

Disclaimer: cet article a été initialement publié dans La Vie des Musées et a été mis en page afin d’être accessible sur le site web d’Open Museum. L’article original, accompagné d’images et dans sa mise en page d’origine, est disponible ici : La Vie des Musées- Article Musée et inclusion Open Museum

Musées et inclusion : Open Museum, une initiative de Brussels Museums

Dans un monde traversé par des crises économiques, sociales et écologiques, les musées jouent un rôle essentiel dans la cohésion sociale et le dialogue  . Leur mission dépasse la seule conservation des collections : ils sont aussi des acteurs d’inclusion et de transformation sociale. La définition adoptée par l’ICOM en 2022 illustre cette évolution :

« Un musée est une institution permanente, sans but lucratif, au service de la société, qui recherche, collecte, conserve, interprète et expose le patrimoine matériel et immatériel. Ouverte au public, accessible et inclusive, elle favorise la diversité et la durabilité. » [2]

Pourtant, la crise sanitaire a mis en lumière des déclarations politiques affirmant le caractère dit “non essentiel” de la culture. Face à ces enjeux, l’initiative Open Museum, portée par la fédération Brussels Museums, propose une approche concrète et innovante pour renforcer l’inclusion et l’accessibilité au sein des institutions muséales. Cet article explore cette démarche, ses défis et ses impacts sur la place des musées dans la société actuelle.

Open Museum : une initiative pour l’inclusion

Brussels Museums est la fédération indépendante qui regroupe plus de 125 musées bruxellois. Son rôle est de promouvoir ces institutions, de favoriser leur accessibilité auprès de divers publics – notamment les jeunes – et d’accompagner les professionnels du secteur à travers des formations et des initiatives collaboratives.

C’est dans cette optique que Brussels Museums a lancé Open Museum, un projet visant à encourager une culture plus inclusive au sein des musées de la capitale. Cette initiative repose sur une volonté d’ouverture, d’accessibilité et de participation active des publics encore trop souvent marginalisés dans les institutions culturelles.

Les principaux objectifs d’Open Museum sont : sensibiliser les professionnels aux enjeux sociaux et sociétaux, accompagner les musées dans la mise en place de politiques inclusives et créer un réseau entre acteurs culturels et sociaux pour encourager des collaborations durables.

Ces actions visent à redéfinir les musées comme des acteurs majeurs dans la construction d’une société plus équitable et inclusive.

Inclusion et accessibilité : concepts et défis

Si les notions d’inclusion et d’accessibilité sont souvent utilisées conjointement, elles renvoient à des réalités distinctes.

L’accessibilité vise à lever les obstacles physiques, sensoriels ou financiers qui empêchent certaines personnes d’accéder à un musée.

L’inclusion englobe une démarche plus large, visant à intégrer activement les minorités dans l’expérience muséale.

Les musées belges font face à plusieurs défis :

  • Un manque de ressources humaines et financières pour développer des projets inclusifs. Une étude récente souligne la diversité des situations au sein des musées bruxellois : si certains établissements disposent de personnels qualifiés, d’autres composent avec un manque de temps de travail et s’appuient largement sur l’engagement de bénévoles pour pallier le manque de moyens.[3]
  • Une représentation limitée des diversités culturelles dans les collections et les programmations, où, malgré une multiplication des narrations, l’Histoire avec un grand H — pensée comme universelle — reste prédominante et peine à faire place à des perspectives alternatives.
  • Une formation insuffisante du personnel aux enjeux liés à l’inclusion.

Malgré ces défis, des stratégies émergent, notamment l’implication des communautés locales dans la cocréation d’expositions et la mise en œuvre d’ateliers participatifs.

Méthodologie des « 5 P », sensibilisation des professionnel·les et exemples concrets de pratiques inclusives

Pour faire face à ces défis, Open Museum adopte une approche englobante qui prend en compte l’ensemble des dimensions du musée. Sa méthodologie repose sur cinq axes stratégiques, appelés les 5P, qui permettent d’agir à plusieurs niveaux pour favoriser une inclusion durable et systémique. Ces axes ont été définis pour intégrer les principes de l’accessibilité universelle, en tenant compte des multiples besoins des visiteurs (familles avec poussettes, personnes en fauteuil roulant, visiteurs avec une mobilité temporairement réduite, etc.), mais aussi des effets bénéfiques plus larges qu’engendrent ces aménagements et sensibilisations. Chaque mesure inclusive pensée pour un public spécifique profite, par effet ricochet, à l’ensemble des visiteurs et contribue à une expérience muséale plus accueillante.

  1. Personnel : former et sensibiliser les équipes muséales ;
  2. Publics : mieux comprendre les besoins des publics issus de contextes culturels, sociaux ou économiques variés ;
  3. Programmation : intégrer des thèmes inclusifs et représentatifs de publics issus de milieux variés ;
  4. Partenariats : établir des collaborations avec des acteurs sociaux et éducatifs ;
  5. Place (bâtiments) : améliorer l’accessibilité physique des espaces muséaux.

Cette approche systématique permet aux musées de progresser vers un modèle inclusif, tout en assurant un impact durable sur leurs publics.

Un des leviers d’Open Museum est la formation et la sensibilisation des professionnels des musées aux pratiques inclusives. Pour cela, des formations adaptées à différents niveaux (débutant, intermédiaire, avancé) et des sessions sur mesure sont proposées aux divers services des musées. À ce jour, ces formations ont été mises en place pour les commissaires d’exposition, les équipes d’accueil et de surveillance, ainsi que pour les guides, médiateurs et médiatrices culturels. À terme, Open Museum souhaite élargir cette démarche à d’autres secteurs clés, tels que la communication, les ressources humaines, la direction, le mécénat et la logistique, afin d’intégrer pleinement l’inclusion à tous les niveaux de l’institution.

Voici quelques exemples concrets des formations organisées par Open Museum :

  • Co-création et lien avec la société : intégrer pleinement les publics dans la programmation et la médiation.
  • Biais cognitifs et lutte contre les micro agressions : comprendre et déconstruire les préjugés pour améliorer l’accueil, la surveillance et le travail en équipe.
  • Publics en alphabétisation et FLE/NT2 : adapter les visites et les outils pédagogiques aux besoins des publics en apprentissage du français ou du néerlandais.
  • Le care dans la conception d’exposition : penser les relations entre artistes, équipes et publics dans une approche de soin mutuel.

En offrant ces outils concrets, Open Museum renforce la capacité des professionnels à adapter les infrastructures, les parcours et les activités muséales aux réalités et aux besoins des publics.

Dans cette optique, plusieurs musées francophones belges ont déjà initié des démarches remarquables en collaboration avec des associations locales. Ces initiatives mettent en lumière des solutions innovantes et des pratiques inspirantes :

  • Musée BELvue[4] : en proposant des activités pédagogiques adaptées aux primo-arrivants et aux demandeurs d’asile, comme le projet 2 (t)huizen, 1 museum, le musée crée des ponts entre le patrimoine culturel et l’intégration sociale. En donnant la parole à des personnes aux parcours variés, ces initiatives favorisent une médiation vivante et plurielle de l’histoire belge, tout en renforçant l’inclusion des participants.
  • Train World : le musée propose des parcours sensoriels spécialement conçus pour les visiteurs ayant des besoins spécifiques, comme le parcours Multisenso rail[5]  pour partir à la découverte du train à vapeur à l’aide d’une petite locomotive et d’une guide/raconteuse. Ces expériences immersives permettent de redéfinir la manière dont les musées interagissent avec des publics diversifiés.

Ces exemples illustrent l’impact positif d’une approche inclusive, tant pour les visiteurs que pour les équipes muséales elles-mêmes. Depuis plus de vingt ans, les musées bruxellois s’engagent activement dans cette démarche, convaincus de leur rôle dans la construction d’une société plus ouverte et solidaire. Nombre d’entre eux développent des initiatives en collaboration avec des associations spécialisées et investissent dans la formation continue pour mieux répondre aux attentes des publics.

Musée et inclusion : accompagner, former et innover ensemble

Open Museum travaille de concert avec les institutions muséales pour repenser leur rôle dans la société contemporaine. En favorisant des partenariats stratégiques, l’initiative aide les musées à devenir des lieux de transformation sociale. Ces collaborations permettent aux musées de s’adapter aux besoins de leurs publics. Ces actions renforcent la pertinence des musées en tant qu’espaces dynamiques de partage culturel et de réflexion collective. Parmi les musées bruxellois engagés dans cette dynamique, on peut citer quelques exemples significatifs :

  • La Maison Autrique : a développé un partenariat avec des écoles locales pour sensibiliser les jeunes au patrimoine architectural. Ce type de projet promeut non seulement la culture du patrimoine, mais renforce aussi les liens entre le musée et la communauté locale. L’implication des jeunes générations contribue à une conscientisation de l’importance de l’histoire architecturale de leur ville.[6]
  • Le Musée des Instruments de Musique (MIM) : propose des visites interactives spécialement adaptées aux personnes aveugles et malvoyantes, offrant ainsi une expérience sensorielle enrichissante. Ces visites utilisent des supports tactiles, des enregistrements audio et des démonstrations pratiques pour rendre les instruments de musique accessibles à tous. Ce type d’initiative favorise une expérience muséale inclusive et fait de la culture musicale un bien commun à partager.[7]
  • Le Musée de la Ville de Bruxelles – Maison du Roi : met en place plusieurs actions spécifiques pour rendre ses collections accessibles à un public diversifié. Il propose des visites adaptées aux personnes sourdes et malentendantes en Langue des Signes belge Francophone (LSFB). Il développe également d’autres initiatives, telles que le jeu-parcours Menez l’enquête avec Saint Michel, conçu pour les visiteurs en situation de handicap intellectuel. Ces démarches visent à toucher des publics historiquement éloignés des institutions culturelles et à offrir à chacun une expérience de découverte unique du patrimoine bruxellois.[8]

Ces initiatives des musées, alignées avec les objectifs d’Open Museum, montrent à quel point l’ouverture et l’innovation sociale sont devenues des priorités pour les institutions culturelles, qui réinventent leur rôle pour mieux interagir avec leurs communautés.

L’inclusion dans la programmation : de l’art à l’action sociale

La programmation muséale, loin d’être neutre, est un vecteur clé de transformation sociale. En présentant des œuvres et des thématiques qui interrogent des enjeux contemporains – migration, diversité, féminisme, inégalités –, les musées peuvent refléter et remettre en question les défis sociétaux actuels.

C’est pourquoi Brussels Museums veut montrer l’exemple à travers ses deux événements phares : les Nocturnes et la Museum Night Fever. Une réflexion approfondie a été menée depuis plusieurs années pour faire de l’accessibilité un élément central de ces événements, et non une simple adaptation de dernière minute. Cette démarche s’appuie sur une approche globale structurée autour des « 5 P ». Dans le cadre des Nocturnes 2025, des initiatives telles que les visites féministes et les visites en LSFB illustrent cette volonté d’ouverture. En parallèle, un programme de formation sur l’accessibilité physique et la diffusion d’informations essentielles à l’autonomie des visiteurs et des visiteuses en situation de handicap accompagne ces actions, impliquant l’ensemble des musées participants.

L’inclusion dans le programme concourt donc à la transformation des musées, qui ne sont plus simplement des bâtiments. Ils deviennent des espaces de vie où les visiteurs peuvent se rencontrer, échanger et faire société. Ces démarches favorisent une approche participative et diversifiée de la culture. Elles permettent aux musées de jouer un rôle central dans la création de liens sociaux durables. Elles montrent également l’importance des stratégies d’inclusion et des politiques qui, en soutenant de telles initiatives, contribuent à rendre ces espaces plus ouverts et accessibles pour tous et toutes.

Conclusion: Les Musées comme modèles de société

Les musées ne sont plus de simples lieux de conservation : ils sont des espaces de dialogue et de transformation sociale. En s’appuyant sur des initiatives telles qu’Open Museum, ils renforcent leur engagement en faveur d’une société plus inclusive et participative. Cependant, ces avancées nécessitent un soutien politique et financier durable, ainsi qu’une formation continue des professionnels du secteur pour garantir leur mise en œuvre effective.

L’ICOM, en plaçant l’inclusion et l’accessibilité au cœur de la mission muséale, marque une évolution significative. Brussels Museums incarne cette dynamique en développant des outils adaptés et en multipliant les collaborations avec les acteurs sociaux. Pour que ces efforts portent pleinement leurs fruits, il est essentiel d’intégrer l’accessibilité dès la conception des espaces et des services, afin de répondre aux besoins d’un large public.

Cet appel à l’action invite chaque musée à s’engager activement dans cette transformation, en faisant de l’inclusion et de la durabilité des priorités fondamentales. En repensant leurs pratiques, les musées peuvent devenir de véritables moteurs de changement et des modèles d’une société plus solidaire et équitable.

Entretien de Julie Desbois-Jones, responsable de Open Museum et Eléonore Duchêne, développement numérique & touristique pour les Musées de la Ville de Bruxelles

© Photo : Melissa Fauve

[1] Desbois-Jones, Julie & Duchêne, Eléonore. (2025). Musées et Inclusion : Open Museum, une initiative de Brussels Museums. La Vie des Musées. Musées et développement social et sociétal durable – Panorama en Belgique francophone, 31, 54-59.

[2] Icom, Musée : Une nouvelle définition adoptée par l’ICOM en 2022, International Council of Museums, 2022, www.icom.mu- seum/en/resources/standards-guidelines/museum-definition.

[3] Wynants J.-M., « Près de 9.000 emplois dépendent des musées bruxellois », Le Soir, 11 décembre 2024, www.lesoir.be/641686/ article/2024-12-11/pres-de-9000-emplois-dependent-des- musees-bruxellois.

[4] Pour plus d’informations sur le projet 2 (t)huizen, 1 museum, voir : Musée BELvue – Un musée pour tous. www.belvue.be.

[5] Pour plus d’informations sur le parcours Multisenso rail, voir : Train World – Un musée inclusif. www.trainworld.be/fr/le- musee/un-musee-inclusif/multisenso-rail.

[6] Maison Autrique, Partenariats scolaires pour la sensibilisation au patrimoine architectural, www.maisonautrique.be

[7] Musée des Instruments de Musique, Visites interactives pour per- sonnes aveugles et malvoyantes, www.mim.be

[8] Musée de la Ville de Bruxelles, Accessibilité et actions inclusives, www.brusselscitymuseum.brussels.

Open Museum

Une initiative engagée de Brussels Museums

Galerie du Roi, 15,
1000 Bruxelles

+32 (0) 2 512 77 80 (lun-jeu)

[email protected]

 

Cette initiative vise à sensibiliser d’une manière structurelle les plus de 125 musées du réseau Brussels Museums à l’importance de l’inclusion et de la participation des publics sous-représentés