Après avoir exploré les enjeux liés au contenu, à la communication digitale, à l’intelligence artificielle et à la santé, penchons-nous à présent sur le cœur matériel du musée : sa collection.
Depuis quelques années, les musées amorcent, parfois timidement, une ouverture vers les artistes et récits issus de communautés dites minorisées en Belgique. Des expositions temporaires apparaissent, mais ces initiatives peinent encore à s’inscrire durablement dans les collections permanentes ou à se traduire par une véritable politique d’acquisition inclusive.
Il est temps d’agir sur les collections elles-mêmes.
(Re)penser la politique d’acquisition, de conservation et d’inventaire à travers le prisme de la diversité permet de préparer les récits muséaux de demain. Cela suppose notamment un travail de sensibilisation auprès des équipes de conservation, souvent oubliées des plans d’inclusion institutionnels. Et pourtant, conserver autrement, c’est contribuer activement à l’évolution de la recherche et de la société.
En effet, mieux représenter la pluralité des pratiques culturelles et artistiques, c’est non seulement respecter les communautés concernées, mais aussi produire une information juste, fidèle à la complexité du monde. Car si les musées ne sont pas des espaces neutres, une politique d’acquisition plurielle permet d’en faire des lieux de dialogue, de mémoire et de vérités.
Le Musée de la Ville de Bruxelles s’inscrit dans cette dynamique : en collaboration avec les Archives de la Ville, il lance régulièrement des appels aux dons. En 2021, une collecte a été organisée autour des objets liés aux communautés LGBTQIA+ ; en 2024, ce sont des récits liés aux parcours migratoires qui ont été mis en lumière. Conserver ces témoins contemporains issus de la Global Majority* (majorité mondiale) contribue à enrichir notre patrimoine commun, en luttant contre l’invisibilisation ou la censure de certaines histoires.
Ce travail s’accompagne également d’une réflexion approfondie sur l’inventaire des collections. Adapter la nomenclature permet une exactitude scientifique, ainsi qu’un traitement respectueux des objets et des cultures qu’elle incarne. C’est dans cette optique que la GardeRobe du MannekenPis a développé des sections thématiques permettant de retrouver facilement, en ligne, les costumes liés au féminisme, aux cultures du monde ou aux luttes LGBTQIA+. Ces outils favorisent la création de corpus cohérents entre institutions et renforcent l’accessibilité intellectuelle des collections.
Enfin, dans un contexte où les restitutions d’objets issus de contextes coloniaux deviennent indispensables, il est essentiel de repenser en profondeur les modalités d’acquisition. Comment les objets entrent-ils dans les collections ? À quelles conditions, et avec quelle légitimité ? Pour que les politiques d’enrichissement aient du sens, elles doivent être conçues en dialogue étroit avec des expert·e·s issu·e·s des communautés concernées.
Pour conclure, agrandir ses collections aujourd’hui, c’est poser les bases d’un musée pertinent, ancré dans son époque et résolument tourné vers l’avenir — un musée riche de sa pluralité, de ses récits partagés et de sa capacité à représenter toutes les voix.
*Global Majority désigne les populations non-blanches qui forment environ 80 % de la population mondiale. Ce terme, apparu dans les années 2010 dans les milieux antiracistes anglo-saxons, valorise ces groupes en tant que majorité globale, à rebours de termes comme « minorités ethniques ». Il a été diffusé notamment par Dr. Shirley Anne Tate et Dr. Foluke Adebisi.
© Photo : Tine Schoenmaker
Galerie du Roi, 15,
1000 Bruxelles
+32 (0) 2 512 77 80 (lun-jeu)
Cette initiative vise à sensibiliser d’une manière structurelle les plus de 125 musées du réseau Brussels Museums à l’importance de l’inclusion et de la participation des publics sous-représentés